Bien nourrir son chatBien nourrir son chienLes coulisses de la nutritionPrendre soin de lui 10 min 01/10/2026

Taux de glucides des croquettes : comprendre et calculer l’ENA

Vous cherchez le taux de glucides des croquettes de votre chien ou de votre chat, mais il ne figure pas sur l’étiquette ? De nombreux calculateurs en ligne proposent de le calculer en le déduisant des autres valeurs affichées pour obtenir ce que l’on appellee l’extractif non azoté, ou ENA. Cet ENA, on l’identifie bien souvent comme étant le taux de glucides par raccourci. Mais dans les faits ENA, glucides et amidon ne désignent pas exactement la même chose. Alors, qu’est-ce que le taux de glucides dans les croquettes et que faut-il en conclure ? On fait le point dans cet article !


Cet article en bref

  • Le chiffre souvent présenté comme le « taux de glucides » est l’ENA : 100 % − protéines − matières grasses − fibres brutes − cendres − humidité. Mais ce n’est pas une mesure directe des glucides.
  • L’ENA regroupe notamment l’amidon, les sucres et une partie des fibres ; il peut même inclure des composés qui ne sont pas des glucides. Il ne donne ni les glucides totaux ni le taux d’amidon.
  • Quand l’humidité n’est pas indiquée sur le sac, le résultat dépend de la valeur supposée. La valeur de 10 % souvent utilisée par défaut ne correspond pas toujours à l’humidité réelle : dans nos contrôles qualité, les croquettes étaient souvent plus sèches.
  • L’ENA permet de repérer de grands écarts entre recettes, mais aucun seuil ne permet à lui seul de juger une croquette. Pour connaître l’amidon, il faut demander une valeur analysée au fabricant.


Qu’est-ce que l’ENA, ou « taux de glucides » des croquettes ?

Imaginez que l’on répartisse 100 g de croquettes en plusieurs grandes cases : l’eau, les protéines, les matières grasses, les minéraux (les « cendres » de l’analyse) et les fibres dites « brutes ». L’ENA est le poids que l’on attribue à ce qui reste une fois ces cases retirées. Ce reste n’est pas isolé et pesé en laboratoire, il est calculé à partir des autres résultats.

Pourquoi parle-t-on alors de « glucides » ? Parce que ce reste est surtout composé de glucides : de l’amidon et des sucres. Mais pas uniquement. Il contient aussi une partie des fibres, que l’analyse de l’étiquette ne retrouve pas, et même un peu de lignine, une substance qui rigidifie les plantes et qui n’est pas un glucide.


Quelle formule pour calculer l’ENA des croquettes ?

L’extractif non azoté, ou ENA (NFE en anglais), se calcule ainsi :

ENA (%) = 100 − protéines brutes (%) − matières grasses brutes (%) − fibres brutes (%) − cendres brutes (%) − humidité (%).

Il faut utiliser des valeurs exprimées sur la même base, ici la croquette telle qu’elle est vendue. Prenons un exemple fictif : 38 % de protéines, 16 % de matières grasses, 3 % de fibres brutes, 8 % de cendres et 9 % d’humidité supposée. Le calcul donne100 − 38 − 16 − 3 − 8 − 9 = 26 % d’ENA estimé. Cela ne veut pas dire que la croquette contient 26 % d’amidon ni que l’on y a mesuré 26 % de glucides totaux.

La FEDIAF emploie notamment l’ENA, séparément des fibres brutes, dans certaines équations d’estimation de l’énergie. Mais employer une fraction dans un calcul énergétique ne signifie pas qu’elle constitue un indicateur de qualité pour choisir une recette.


Calculateur : estimez le taux de glucides de vos croquettes

Calculer le taux de glucides de vos croquettes

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Renseignez les quatre premières valeurs de l'étiquette.

Ce taux de glucides, appelé ENA (extractif non azoté), est calculé par différence. Il regroupe l'amidon, les sucres et une partie des fibres : il ne mesure pas l'amidon et ne dit pas si une croquette convient à votre animal.


Pourquoi le taux de glucides calculé reste-t-il approximatif ?

Un résultat calculé à partir d’une étiquette n’est pas l’analyse du sac que vous avez entre les mains. Les valeurs déclarées représentent la recette malgré les variations des matières premières et de la fabrication. Protéines, graisses, fibres et cendres peuvent varier ; le calcul de l’ENA répercute tous ces écarts.

L’humidité ajoute en prime une inconnue supplémentaire car elle n’apparaît pas toujours sur l’emballage. Beaucoup de calculateurs la fixent alors à 10 %. Or, au cours des contrôles qualité que j’ai suivis, j’ai fréquemment mesuré 6 à 9 % d’humidité dans les croquettes pour chien et 5 à 8 % dans celles pour chat, avec des valeurs parfois plus basses. Ce sont des observations issues de ces contrôles, pas les résultats d’une enquête représentative du marché ni des plages garanties pour toutes les croquettes.

Reprenons notre exemple. Si l’humidité était de 6 % au lieu des 9 % supposés, le calcul passerait de 26 à 29 % d’ENA. À 7 %, il donnerait 28 %. Les autres chiffres de l’étiquette n’ont pas changé : seule la valeur choisie pour l’eau a changé. Supposer 10 % lorsqu’un aliment en contient 5 % conduit, à autres valeurs identiques, à sous-estimer l’ENA de 5 points. L’humidité peut elle-même varier entre productions, voire au sein d’une production.

On peut retirer l’effet de l’eau du pourcentage en exprimant le résultat sur matière sèche, c’est-à-dire pour l’aliment sans son eau :ENA sur matière sèche (%) = ENA (%) ÷ (100 − humidité en %) × 100. Notre exemple passe ainsi à26 ÷ 91 × 100 = 28,6 %. Cette conversion permet de comparer des aliments sur une même base ; elle ne rend pas les chiffres de départ plus exacts.


ENA et amidon : pourquoi ce n’est pas la même chose ?

L’analyse utilisée pour l’étiquette, celle des « fibres brutes », ne retrouve qu’une partie des fibres présentes dans l’aliment. Les autres ne disparaissent pas : elles restent comptées dans l’ENA. Voilà pourquoi l’ENA n’est jamais un pur taux d’amidon.

Pour aller plus loin : Pourquoi l’analyse des fibres brutes en oublie une partie

La méthode des fibres brutes, dite de Weende, traite l’échantillon successivement par un acide puis par une base. Une partie des hémicelluloses, des fibres solubles et de la lignine est dissoute pendant ces étapes et n’est donc pas pesée comme fibre. Ces fractions se retrouvent, par construction, dans l’ENA calculé par différence.

Or ces fractions ne jouent pas le même rôle. L’amidon digéré fournit de l’énergie ; les fibres fermentescibles et une partie de l’amidon résistant nourrissent le microbiote ; d’autres fibres participent à la motricité digestive et à la qualité des selles.

Mettre tout cela dans une seule case « glucides » puis considérer cette case comme une fraction inutile à minimiser revient à effacer des fonctions biologiques très différentes et souvent bénéfiques.


Comment connaître le vrai taux d’amidon des croquettes ?

Si c’est l’amidon qui vous intéresse, demandez au fabricant s’il dispose d’un taux d’amidon analysé. Vérifiez aussi si le résultat concerne l’aliment tel que vendu ou sa matière sèche, et à quelle production il se rapporte. Une recette à 26 % d’ENA ne contient pas nécessairement 26 % d’amidon : une partie correspond à d’autres composés, dont les fibres non récupérées par la méthode des fibres brutes. Deux recettes ayant le même ENA peuvent donc contenir des quantités d’amidon différentes.

Dans les analyses que j’ai suivies, les croquettes pour chien présentaient le plus souvent un taux d’amidon compris entre 20 et 40 % sur l’aliment tel que vendu et les croquettes pour chat entre 15 et 30 %. Les recettes les plus riches en protéines animales descendaient autour de 11 %, car l’extrusion demande un minimum d’amidon ou d’autres liants pour former une croquette qui tient. Même une analyse d’amidon ne raconte pas tout. Sa source et la façon dont la croquette a été fabriquée influencent sa digestion. Les réglages de l’extrusion, notamment la cuisson, modifient la part d’amidon accessible aux enzymes digestives. Le taux total ne suffit donc pas à prédire la réponse de l’animal.


À quoi servent les glucides dans les croquettes pour chien et chat ?

Le chien et le chat n’ont pas de besoin minimal établi en glucides digestibles : leur organisme sait fabriquer le glucose dont il a besoin à partir d’autres nutriments. Pourtant,« pas indispensables » ne veut pas dire « sans utilité ». Dans une croquette, l’amidon, les fibres et l’amidon qui résiste à la digestion ne suivent pas le même chemin et ne rendent pas les mêmes services.

L’amidon digestible apporte de l’énergie. Après digestion, il fournit du glucose. Chez le chien, cet apport peut, selon l’équilibre de la ration, réduire la quantité d’acides aminés que l’organisme utilise pour fabriquer du glucose. Ces acides aminés restent alors disponibles pour d’autres fonctions, notamment l’entretien des tissus. Ce n’est pas une raison d’ajouter le plus d’amidon possible : tout dépend des apports en protéines et en énergie, ainsi que de la situation de l’animal.

Le chat est un carnivore strict. Il digère l’amidon moins facilement que le chien et son organisme gère moins bien les arrivées importantes de sucre. Dans la nature, ses proies ne lui apportent qu’une très faible part de son énergie sous forme de glucides (Plantinga et collaborateurs, 2011). Ces particularités m’amènent, en tant que formulatrice, à privilégier pour le chat des recettes riches en protéines animales et modérées en amidon. Elles ne signifient pas pour autant qu’il ne digère pas l’amidon : correctement cuit, celui-ci est digéré en grande partie (Kienzle, 1993). L’enjeu pratique reste la quantité totale d’énergie et la couverture des besoins en protéines, en particulier chez le chat stérilisé ou peu actif.

Pour aller plus loin : Le métabolisme du chat en détail

Chez le chat, l’activité de l’amylase pancréatique, l’enzyme qui découpe l’amidon, est plus faible que chez le chien (Kienzle, 1993). Son foie présente aussi une faible activité de la glucokinase, une enzyme qui aide à stocker le glucose après un repas. Enfin, le chat fabrique en permanence du glucose à partir des acides aminés (néoglucogenèse), quel que soit le contenu de son repas. L’effet d’épargne des protéines décrit plus haut chez le chien ne se transpose donc pas tel quel.

Une partie des fibres nourrit les bactéries intestinales. Certaines fibres et une partie de l’amidon résistant échappent à la digestion dans l’intestin grêle. Ils arrivent dans le gros intestin, où le microbiote les transforme : c’est la fermentation. Elle produit notamment du butyrate, qui nourrit les cellules du côlon. D’autres fibres fermentent peu et jouent plutôt sur le volume ou la consistance des selles. Leur effet dépend donc du type de fibre, de la quantité utilisée et de la tolérance de l’animal. Une étude chez le chiena ainsi observé des réponses différentes du microbiote selon les fibres apportées. En excès, certaines peuvent provoquer des gaz ou des selles molles : « plus de fibres » n’est pas automatiquement « mieux ».

La cuisson et la source de l’amidon comptent aussi. La fabrication des croquettes peut rendre une partie de l’amidon plus accessible aux enzymes digestives. Chez le chien, Carciofi et collaborateurs (2008)ont comparé six sources : la digestibilité et la hausse du glucose et de l’insuline après le repas n’étaient pas identiques. Chez le chat, Zhang et collaborateurs (2023)ont comparé cinq sources. Le degré de cuisson de l’amidon et certaines bactéries intestinales différaient ; en revanche, plusieurs écarts de digestibilité et de glycémie n’étaient pas statistiquement probants. Cette étude ne permet donc pas de recommander une source plutôt qu’une autre pour tous les chats.

Enfin, ces ingrédients servent aussi à formuler la croquette. Certaines fibres peuvent aider à réduire la densité énergétique d’un aliment destiné au contrôle du poids ; l’amidon contribue à la tenue des croquettes extrudées. Une recette « sans céréales » peut en contenir grâce aux pois, aux lentilles ou aux tubercules. Aucun de ces choix ne peut se résumer à « le moins d’ENA possible ».


Quel taux de glucides choisir pour son chien ou son chat ?

Il n’existe pas de pourcentage d’ENA idéal pour choisir, à lui seul, des croquettes pour chien ou pour chat. Cela ne rend pas le chiffre inutile : pour repérer des écarts importants, l’ENA reste un indice utile. Entre une recette à 15 % et une autre à 45 %, il signale bel et bien deux formulations très différentes et il est légitime de s’interroger sur la seconde. C’est pour départager des recettes proches, ou pour juger la qualité globale d’un aliment, qu’il ne suffit pas.

Rapporter l’ENA aux calories est souvent plus parlant. Un animal ne mange pas un pourcentage : il mange une quantité ajustée à ses besoins en énergie. Or une croquette riche en graisses apporte plus de calories par gramme. À ENA égal, les glucides y pèsent donc moins dans le total des calories. Prenons deux croquettes à 30 % d’ENA. Dans la première, plus maigre (36 % de protéines, 12 % de matières grasses), l’ENA fournit environ 32 % des calories. Dans la seconde, plus grasse (30 % de protéines, 20 % de matières grasses), il n’en fournit plus qu’environ 28 %. Le calculateur de cet article fait ce calcul pour vous.

Pour aller plus loin : Le calcul de la part des calories

On l’estime avec les coefficients d’Atwater modifiés : 3,5 kcal par gramme de protéines et d’ENA, 8,5 kcal par gramme de matières grasses.P art des calories issue de l’ENA (%) = 3,5 × ENA ÷ (3,5 × protéines + 8,5 × matières grasses + 3,5 × ENA) × 100. Le résultat est une estimation, un peu haute lorsque la recette est riche en fibres : les fibres comptées dans l’ENA apportent en réalité beaucoup moins d’énergie que l’amidon.

Dans tous les cas, la course au chiffre le plus bas détourne l’attention de l’énergie, des nutriments et de la quantité réellement consommée. Les seuils souvent proposés méritent donc d’être examinés.


Glucides dans les croquettes : cinq idées reçues à examiner

On rencontre encore, à côté des calculateurs de taux de glucides, des explications qui paraissent intuitives : « pas d’amylase dans la salive », « trop de glucides fatigue le pancréas », « au-dessus de 30 %, c’est une mauvaise croquette ». Examinons ce que chacune permet réellement de conclure.

« Le chien et le chat ne digèrent pas l’amidon puisqu’ils n’ont pas d’amylase dans la salive. »

Cette affirmation confond le début de la digestion avec l’ensemble du trajet digestif. L’amidon est surtout dégradé dans l’intestin grêle, grâce à l’amylase produite par le pancréas puis aux enzymes de la paroi intestinale. Chez le chien, Axelsson et collaborateurs (2013) ont décrit, au cours de la domestication, une augmentation du nombre de copies du gène de l’amylase pancréatiqueAMY2B. La capacité à utiliser l’amidon existe, même si elle varie entre chiens et dépend aussi de la cuisson de l’aliment. Le chat n’est pas dépourvu de digestion de l’amidon, même si ses capacités sont plus limitées, comme nous l’avons vu plus haut. L’absence d’une enzyme dans la salive ne donne donc ni le taux d’amidon tolérable ni la qualité d’une recette.

« Digérer des glucides fatigue le pancréas et provoque une pancréatite. »

Produire des enzymes digestives fait partie du fonctionnement normal du pancréas. Le fait qu’il sécrète de l’amylase après un repas ne prouve pas qu’un aliment contenant de l’amidon l’endommage. La pancréatite est une maladie complexe : on ne peut pas attribuer son apparition au pourcentage d’ENA lu sur un sac. Lorsqu’un animal est déjà atteint, l’alimentation peut devoir être adaptée, notamment en fonction de la tolérance digestive et des graisses. La revue consacrée à la prise en charge nutritionnelle de la pancréatite chez le chien et le chat traite de ce contexte clinique. Un régime choisi pour un animal malade ne démontre pas que les glucides causent la maladie chez un animal sain.

« Les glucides donnent le diabète. »

Il faut distinguer l’apparition de la maladie de l’effet d’un repas sur la glycémie. Chez le chien, le diabète regroupe plusieurs mécanismes, souvent avec une production d’insuline insuffisante ; la teneur en amidon des croquettes n’en est pas une cause démontrée. Chez le chat, le surpoids est un facteur de risque important. Une étude observationnelle a relevé une association entre aliment sec et diabète chez des chats de poids normal : ce résultat mérite attention, mais ne permet pas d’isoler l’amidon comme cause, ni de conclure qu’une valeur d’ENA prédit le diabète. Pour unchat déjà diabétique, la composition du régime peut en revanche aider à contrôler la glycémie, en complément de la prise en charge vétérinaire. On parle alors de traitement, pas de preuve sur l’origine de la maladie.

« Plus de 25 ou 30 % de glucides, c’est une mauvaise croquette. »

Ces seuils circulent beaucoup, parfois sous une autre forme : « il faut moins de glucides que de protéines ». Aucun ne valide la qualité globale d’un aliment. Pensez à notre exemple : sans changer les autres valeurs de l’étiquette, une humidité supposée de 6 % plutôt que 10 % fait passer l’ENA calculé de 29 à 25 %. Une calculette pourrait ainsi faire franchir son seuil à une même recette sur la seule base d’une hypothèse. Surtout, deux recettes proches en ENA peuvent différer par leurs fibres, leur amidon, leur énergie et leurs apports en nutriments. Le seuil donne un verdict que le calcul ne permet pas de défendre.

« Sans céréales, donc pauvre en glucides. »

« Sans céréales » indique l’absence d’une famille d’ingrédients, pas celle de l’amidon. Une croquette extrudée peut utiliser à la place des pois, des lentilles, des pommes de terre ou d’autres tubercules. Elle peut donc contenir autant d’amidon qu’une recette avec céréales, voire davantage : seule sa formulation, ou mieux une analyse d’amidon, permet de le savoir. Et si elle en contient moins, cela ne suffit toujours pas à juger sa digestibilité ou son équilibre nutritionnel.

Ces idées reçues partent souvent d’une question légitime sur ce que mange l’animal. Leur point commun est de tirer une conclusion sur tout l’aliment à partir d’un seul détail. L’ENA ne permet pas ce raccourci.


Pourquoi le taux de glucides n’apparaît-il pas sur l’étiquette ?

Dire que les fabricants « cachent les glucides » prête à confusion. En Europe, la loi impose d’afficher les protéines, les matières grasses, les fibres brutes et les cendres, ainsi que l’humidité lorsqu’elle dépasse 14 %. Elle n’impose pas de déclarer l’ENA. Son absence sur l’emballage découle donc des règles d’étiquetage, pas d’une volonté de dissimulation. Pourquoi ne pas ajouter simplement « glucides : X % » ? Parce que ce chiffre n’est pas mesuré : il dépend de la façon dont on dose les autres composants, en particulier les fibres, et il varie d’une production à l’autre. Pour l’afficher, il faudrait d’abord s’accorder sur une définition, une méthode et une marge de tolérance.

Afficher l’amidon serait plus utile, et c’est déjà possible. Contrairement à l’ENA, l’amidon se dose en laboratoire, avec une méthode officielle. Un fabricant peut donc le déclarer volontairement dès aujourd’hui. Même alors, l’amidon total ne dit pas quelle part sera réellement digérée après cuisson.

Pour aller plus loin : Les textes réglementaires et le cas des États-Unis

En Europe, le règlement (CE) n° 767/2009 prévoit, à son annexe VII, chapitre II, la déclaration des protéines, matières grasses, fibres brutes et cendres pour les aliments complets chien et chat. Son annexe I, point 6, rend la déclaration de l’humidité obligatoire au-delà de 14 %. La méthode officielle de dosage de l’amidon, dite d’Ewers, figure au règlement (CE) n° 152/2009, annexe III, partie K, et l’annexe IV, partie A, du règlement 767/2009 prévoit des tolérances pour l’amidon déclaré. Deux méthodes de dosage des fibres ne récupèrent pas nécessairement les mêmes composés, comme l’illustre une comparaison de méthodes sur des aliments pour chiens et chats.

Aux États-Unis, la réforme de l’étiquetage de l’AAFCO prévoit un maximum de Total Carbohydrate calculé et un maximum de Dietary Fiber, à la place de la seule garantie de fibres brutes. Ce sont desrègles modèles, dont l’adoption appartient à chaque État. L’AAFCO recommande une transition de six ans et cite elle-même les difficultés d’harmonisation des méthodes ; l’ordre du jour de son comité d’août 2026montre que la déclaration des fibres reste discutée. Ce total des glucides inclut les fibres alimentaires, alors que l’ENA européen retranche les fibres brutes : les deux chiffres ne sont pas comparables.


Questions fréquentes

Comment calculer le taux de glucides des croquettes ?

On soustrait de 100 les pourcentages de protéines, matières grasses, fibres brutes, cendres et humidité indiqués sur l’étiquette, ou l’on utilise le calculateur de cet article. Le résultat est l’ENA, souvent appelé « taux de glucides », mais il ne mesure ni les glucides totaux ni l’amidon.

Quelle humidité retenir si elle n’est pas indiquée ?

Il n’existe pas de valeur universelle. La valeur de 10 % souvent utilisée par défaut ne correspond pas toujours à l’humidité réelle. Dans nos contrôles qualité, nous avons fréquemment mesuré 6 à 9 % pour des croquettes chien et 5 à 8 % pour des croquettes chat, parfois moins. Mieux vaut calculer une fourchette que retenir une seule valeur, car chaque point d’humidité déplace l’ENA d’un point.

L’ENA correspond-il au taux d’amidon ?

Non. L’ENA contient aussi des sucres et une partie des fibres que la méthode des fibres brutes ne récupère pas. Seule une analyse d’amidon donne cette information.

Existe-t-il un taux de glucides maximal recommandé pour les croquettes ?

Aucun seuil d’ENA n’a été validé comme critère de qualité, ni pour le chien ni pour le chat. Les limites de 25 ou 30 % qui circulent ne tiennent compte ni de l’énergie, ni des fibres, ni de l’animal. De grands écarts d’ENA entre deux recettes restent en revanche un signal utile.

Une croquette sans céréales contient-elle moins de glucides ?

Pas forcément. L’amidon peut venir des pois, des lentilles, des pommes de terre, de la patate douce ou du manioc, et l’ENA d’une recette sans céréales peut être égal ou supérieur à celui d’une recette avec céréales.


Sources et pour aller plus loin

Réglementation et recommandations

  • FEDIAF (2025).Nutritional Guidelines for Complete and Complementary Pet Food for Cats and Dogs. Les recommandations nutritionnelles européennes de référence.Lien
  • Règlement (CE) n° 767/2009 concernant la mise sur le marché et l’utilisation des aliments pour animaux : étiquetage obligatoire, humidité et tolérances.Lien
  • Règlement (CE) n° 152/2009 portant fixation des méthodes d’analyse pour le contrôle officiel des aliments pour animaux, dont le dosage de l’amidon par la méthode d’Ewers.Lien
  • AAFCO (2023). Nouveau modèle d’étiquetage nutritionnel des aliments pour animaux de compagnie aux États-Unis.Lien
  • AAFCO (2024). Recommandations pour la mise en œuvre de ce nouvel étiquetage.Lien
  • AAFCO (2026). Ordre du jour du comité sur les aliments pour animaux de compagnie, réunion d’août 2026.Lien

Méthodes d’analyse et fabrication

  • Analyse critique de la méthode des fibres brutes (Weende),Animal Production Science.Lien
  • Comparaison de méthodes de dosage des fibres sur des aliments pour chiens et chats (1998).Lien
  • Effets des réglages d’extrusion sur la digestibilité de l’amidon,Foods(2021).Lien

Glucides, digestion et microbiote

  • Romsos D.R. et al. (1981). Influence of a low carbohydrate diet on performance of pregnant and lactating dogs.Journal of Nutrition, 111 : 678-689.
  • Carciofi A.C. et al. (2008). Effects of six carbohydrate sources on dog diet digestibility and post-prandial glucose and insulin response.Journal of Animal Physiology and Animal Nutrition, 92 : 326-336.Lien
  • Zhang et al. (2023). Comparaison de cinq sources d’amidon dans les croquettes pour chat,Journal of Animal Science.Lien
  • Kienzle E. (1993). Carbohydrate metabolism of the cat. 1. Activity of amylase in the gastrointestinal tract of the cat.Journal of Animal Physiology and Animal Nutrition, 69 : 92-101.
  • Plantinga E.A., Bosch G., Hendriks W.H. (2011). Estimation of the dietary nutrient profile of free-roaming feral cats: possible implications for nutrition of domestic cats.British Journal of Nutrition, 106 : S35-S48.
  • Effet de différentes fibres sur le microbiote intestinal du chien,mSystems(2024).Lien
  • Activité de la glucokinase hépatique chez le chat,Veterinary Research Communications.Lien
  • Axelsson E. et al. (2013). The genomic signature of dog domestication reveals adaptation to a starch-rich diet.Nature, 495 : 360-364.Lien

Santé

  • Nutritional management of pancreatitis and concurrent disease in dogs and cats.Lien
  • Etiology and pathophysiology of diabetes mellitus in dogs (2023).Veterinary Clinics of North America: Small Animal Practice.Lien
  • Öhlund M. et al. (2017). Facteurs de risque environnementaux du diabète chez le chat, dont l’alimentation sèche.Journal of Veterinary Internal Medicine, 31 : 29-35.Lien
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Le mot de l’experte

Je comprends pourquoi tant de propriétaires sortent leur calculatrice devant une étiquette. Pendant des années, des croquettes ont contenu beaucoup d’amidon, sans que cette information soit facile à trouver sur le sac. Vouloir y voir plus clair est légitime. Mais aujourd’hui, calculer l’ENA d’une étiquette pour décider si une croquette est « bonne » ou « mauvaise » n’a, à mes yeux, plus de sens.

Ce chiffre dit trop peu de choses, et parfois l’inverse de ce qu’on croit. Un ENA bas peut accompagner un aliment très riche en graisses, donc très dense en énergie, ce qui demande d’ajuster soigneusement la ration pour un chat stérilisé qui bouge peu. Un ENA plus élevé peut, à l’inverse, comprendre des fibres qui ont toute leur place dans la recette. Surtout, le chiffre ne dit rien de ce qui compte vraiment. Il ne dit pas si les protéines, les vitamines et les minéraux couvrent les besoins de l’animal, si l’énergie convient à sa ration, si les fibres lui réussissent ou si l’aliment est bien digéré. Il ne répond même pas à la question de départ : « Combien y a-t-il d’amidon ? »

Que regarder, alors ? Je vous propose quatre réflexes.

  1. Si l’amidon vous préoccupe, posez la question au fabricant.Demandez s’il dispose d’un taux d’amidon analysé, sur quelle production il a été mesuré et s’il est exprimé sur l’aliment tel que vendu ou sur matière sèche. Si la réponse est une estimation issue de la formule, elle ne répond pas à la même question.
  2. Rapportez les nutriments à l’énergie, pas seulement au poids du sac.Les protéines exprimées en grammes pour 1 000 kcal, comme la part des calories apportée par l’ENA, donnent une autre lecture que le seul pourcentage de l’étiquette : elles indiquent ce que l’animal reçoit par rapport à l’énergie consommée. Deux croquettes à 30 % de protéines peuvent fournir des quantités différentes pour une même ration énergétique.
  3. Vérifiez l’adéquation à l’animal.L’âge, le stade physiologique, l’activité, la stérilisation et l’état de santé orientent davantage le choix qu’un pourcentage d’ENA isolé.
  4. Observez votre animal.Son état corporel, l’évolution de son poids, la qualité de ses selles, son poil et son appétit donnent de précieux indices sur la façon dont l’aliment lui convient. Ces observations complètent l’évaluation de la recette et de ses apports.

Le débat sur les glucides mérite mieux qu’une soustraction. On peut défendre des recettes riches en protéines animales et modérées en amidon, en particulier pour le chat : c’est ma conviction de formulatrice. Mais on le fait avec des analyses, des apports rapportés à l’énergie et une recette pensée comme un tout.Un calcul par différence ne pourra jamais remplacer cette évaluation.

Charlotte Greff, ingénieure agronome, responsable du service nutrition & qualité

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