Les coulisses de la nutrition 5 min 05/10/2026

Taux de cendres dans les croquettes : ce que ce chiffre dit vraiment

Le taux de cendres est la fraction minérale qui reste après incinération d'un échantillon en laboratoire : calcium, phosphore, magnésium, sodium, oligo-éléments et minéraux d'éventuels additifs. On rencontre couramment 6 à 8 % chez le chien comme chez le chat, sans maximum réglementaire en Europe. Mais comment lire cette donnée et que veut-elle dire ? Nourrir Comme La Nature vous révèle tout dans ce nouvel article !


Cet article en bref

  • Le taux de cendres correspond à la fraction minérale des croquettes, et non à de la « cendre » ajoutée. Chez le chien comme chez le chat, il se situe couramment entre 6 et 8 %.
  • Un taux bas n’est pas forcément synonyme de meilleure qualité. Le niveau de cendres dépend notamment des matières premières animales, végétales et des additifs minéraux utilisés dans la recette.
  • Chez le chat, le taux de cendres seul renseigne peu sur le risque rénal. Le phosphore, sa source et le rapport calcium/phosphore sont des indicateurs bien plus pertinents.
  • Au-delà de 9 %, une vigilance supplémentaire est utile, sans que ce seuil constitue une limite réglementaire : il faut alors examiner l’origine des protéines, le calcium, le phosphore et les éventuels additifs minéraux.


Que sont les cendres brutes dans les croquettes ?

La question revient chaque semaine au service nutrition de Nourrir Comme La Nature. Le terme vient de la méthode d'analyse. Les cendres brutes sont le résidu obtenu après incinération d'un échantillon à 550 °C selon le règlement (CE) n° 152/2009 : protéines, lipides, amidon, fibres et vitamines sont détruits, il reste la fraction inorganique. Sa déclaration est obligatoire sur tout aliment complet au sens du règlement (CE) n° 767/2009.

Attention cependant à prendre en compte que les cendres ne sont pas exactement la somme des minéraux. Certains éléments peuvent être partiellement perdus ou transformés lors de l'incinération à 550 °C, sans oublier que la mesure donne un total sans rien dire de la nature des minéraux ni de leur biodisponibilité : deux croquettes à 8 % de cendres brutes indiquées peuvent ainsi avoir des profils nutritionnels très différents.


Cendres brutes, matières minérales : quelle différence ?

Aucune. Le règlement 767/2009 autorise les termes « cendres brutes », « matières minérales », « matières inorganiques » ou « résidu d'incinération » pour le même constituant ; les marques peuvent choisir l'appellation la plus parlante à leur « univers » sans contrainte. Ces termes sont tous encadrés de la même façon et désignent la même chose.


Quel est le bon taux de cendres ?

Il n'existe pas de bon taux universel. Ni le règlement 767/2009 ni la FEDIAF ne fixent de maximum de cendres pour un aliment complet pour chien comme pour chat. Les limites existent minéral par minéral.

En moyenne, sur la majorité des aliments du marché, une croquette pour chien comme chat adulte se situe entre 6 et 8 % de cendres brutes.

Les recettes très carnées se situent souvent dans le haut de ces fourchettes, les matières premières animales déshydratées contiennent une fraction osseuse : un muscle frais contient environ 1 % de cendres sur matière sèche, une farine de volaille 10 à 14 %, une farine riche en os plus de 25 %.

À l'inverse, une recette plus riche en amidon ou en protéines végétales concentrées présentera naturellement moins de cendres.


Le taux affiché est-il exactement celui du sac ?

Ce qui est indiqué sur le sac de croquettes est la valeur de cendres que le fabricant s'engage à respecter et qu'il doit viser à chaque production. En Europe, les constituants déclarés sont des valeurs typiques, c'est-à-dire la teneur attendue de la recette, et non des minima ou maxima garantis comme dans la « guaranteed analysis » nord-américaine. Chaque valeur est établie à partir du calcul de formulation et validée par des analyses en laboratoire accrédité.

Un lot donné peut néanmoins s'en écarter légèrement : les matières premières naturelles varient et les méthodes d'analyse ont leur propre incertitude.

L'annexe IV du règlement 767/2009, révisée par le règlement (UE) 2017/2279, encadre cet écart :

→ pour des cendres déclarées sous 8 %, un contrôle officiel reste conforme jusqu'à 2 points en dessous et 1 point au-dessus ; un aliment déclaré à 7 % reste ainsi conforme entre 5 et 8 % ;

→ entre 8 et 32 % de cendres, la tolérance devient proportionnelle, 25 % en dessous et 12,5 % au-dessus.

Ces tolérances couvrent une variabilité inévitable, elles ne sont pas une marge dans laquelle un fabricant serait autorisé à jouer : déclarer 7 % en formulant à 8,5 % n'est pas conforme.

Mais elles rappellent aussi que comparer un aliment à 6 % de cendres et un autre aliment à 7,5 % entre deux marques sans autre élément n'a pas vraiment de sens.


Un taux élevé de cendres signifie-t-il des croquettes moins digestibles ?

Pas directement. Le rapport protéines sur cendres d'une matière première renseigne sur sa richesse relative en fraction protéique et minérale et peut constituer un indicateur de sa valeur nutritionnelle, et une croquette à 24 % de protéines et 9 % de cendres n'a pas la même structure qu'une croquette à 40 % de protéines et 9 % de cendres.

Mais les études sont moins univoques que le discours commercial : Bednar et al. (2000) n'ont vu aucune différence de digestibilité des protéines entre une farine de volaille et une farine plus riche en cendres. Abd El-Wahab et al. (2022) ont observé chez le Beagle une digestibilité qui augmentait avec les cendres du régime, et de Oliveira et al. (2025) retrouvent au contraire une digestibilité nettement inférieure avec une farine très riche en cendres. L'effet dépend de la qualité de la farine animale, de sa teneur en collagène et du procédé, bien plus que du chiffre lui-même.


Les cendres sont-elles mauvaises pour les reins du chat ?

Pas les cendres elles-mêmes, mais, d'après les études récentes, le phosphore, et surtout sa forme. Dobenecker et al. (2018) ont montré qu'un régime riche en phosphore ajouté sous forme de sels solubles dégradait des indicateurs rénaux chez des chats sains. Alexander et al. (2019) ont observé des effets indésirables en quelques semaines avec 4,8 g de phosphore pour 1000 kcal, dont 3,6 g de phosphate monosodique, et un rapport Ca/P de 0,6, alors qu'un régime plus modéré avec Ca/P proche de 1 n'a rien produit sur 29 semaines. Coltherd et al. (2019, 2022) ont montré que le pic de phosphatémie postprandial dépend de la fraction inorganique et du rapport Ca/P, non du phosphore total. La FEDIAF a introduit depuis 2018 une note de prudence sur les phosphates inorganiques et Stockman (2024) conclut que le seuil de sécurité reste à préciser par source. Ces travaux viennent largement d'équipes financées par l'industrie, mais leurs conclusions convergent entre groupes indépendants.

La conclusion est donc plus précise que « attention aux cendres » : le phosphore total, ses sources et le rapport calcium sur phosphore sont bien plus informatifs. Le phosphore de la matrice osseuse, associé au calcium, n'a pas la même biodisponibilité que certains phosphates inorganiques solubles ajoutés, et une croquette à 6 % de cendres n'a rien d'intéressant sur le plan rénal si elle en contient. Même prudence pour les calculs urinaires : le risque de struvite dépend du pH urinaire, du volume urinaire et de la sursaturation relative bien plus que du magnésium, et l'apport hydrique, notamment par la bi-nutrition, reste le levier majeur en prévention.


Comment un fabricant peut-il piloter le taux de cendres ?

Puisque les cendres ne sont qu'un total, leur niveau se pilote par différents choix de formulation, aux conséquences nutritionnelles très différentes. Le premier levier abaisse les cendres en remplaçant une partie des matières animales par de l'amidon ou des protéines végétales concentrées, gluten de maïs, protéines de pois ou de pomme de terre : un aliment à 30 % de protéines dont un tiers vient de gluten affichera 5 % de cendres. On peut aussi les abaisser par des protéines animales pauvres en minéraux, créton ou hydrolysats. Dans les deux cas, c'est la qualité protéique qu'il faut regarder.

Le troisième choix les relève sans apporter de nutriments, par les additifs technologiques minéraux : bentonite, sépiolite, clinoptilolite. Ils sont autorisés au titre du règlement 1831/2003 comme liants et antiagglomérants, avec pour la bentonite un maximum de 20 g/kg, soit 2 %.

En pratique, les incorporations dépassent rarement 1 %, soit 10 g/kg, niveau déclaré par l'une des principales marques du segment vétérinaire sur une large part de ses recettes sous la dénomination « clinoptilolite d'origine sédimentaire (10 g/kg) » : une référence adulte de race pour chien relevée en septembre 2026 affiche 5,9 % de cendres, une référence chat stérilisé senior 8,0 %.

La zéolite étant essentiellement minérale, cette incorporation peut contribuer à près d'un point du total déclaré sans correspondre à un apport de calcium ou de phosphore, et rien sur la ligne « cendres brutes » ne permet de le savoir.

Les argiles ont des usages technologiques réels et Beynen (2018) rapporte un effet modeste sur la fermeté des selles ; elles ne sont pas un marqueur de mauvaise qualité, mais elles illustrent la faiblesse d'un classement par le seul taux de cendres, et la liste des additifs permet de les repérer.

Cette grille s'applique sans distinction de segment : Davies et al. (2017) ont retrouvé un excès de phosphore sur la grande majorité des aliments analysés, marques à prescription comprises, et les argiles ne sont pas l'apanage du premium indépendant. Ce n'est pas un chiffre isolé qui fait la qualité d'un aliment, c'est la formulation globale, et cette lecture vaut pour nos recettes comme pour les autres.


Comment interpréter correctement les cendres ?

Le taux de cendres se lit avec cinq autres informations :

  • le taux de protéines, 8 % de cendres pour 25 % de protéines ne racontent pas la même histoire que 8 % pour 40 % de protéines ;
  • l'origine des protéines, farines riches en os, cretons, hydrolysats ou concentrés végétaux ;
  • le calcium et le phosphore déclarés et leur rapport, entre 1,0 et 2,0 chez le chien adulte et entre 1,0 et 1,5 chez le chat adulte selon FEDIAF ;
  • les sources de phosphore, la présence de phosphates inorganiques ajoutés méritant chez le chat davantage d'attention que le taux global ;
  • et les additifs technologiques minéraux.

Il existe toutefois un niveau au-delà duquel mieux vaut être plus vigilant. Par principe, mieux vaut éviter les aliments qui dépassent 9 % de cendres brutes. Il ne s'agit ni d'une limite réglementaire ni d'un seuil nutritionnel démontré, mais à ce niveau, la charge minérale devient suffisamment élevée pour chercher à en comprendre l'origine. Elle peut traduire une proportion importante de matières premières animales riches en fraction osseuse, des apports minéraux élevés ou encore la présence d'additifs technologiques minéraux comme les argiles.

Une croquette dépassant 9 % de cendres peut parfaitement être conforme et nutritionnellement équilibrée, mais ce niveau justifie d'examiner plus attentivement sa formulation : origine et qualité des protéines, teneurs en calcium et en phosphore, rapport Ca/P et présence éventuelle d'additifs minéraux. Dans la pratique, 9 % est un bon seuil de vigilance : au-delà, à l'exception de certaines recettes très riches en poisson dont les arêtes expliquent une teneur élevée, une teneur aussi élevée présente rarement un intérêt nutritionnel et constitue souvent la signature d'un produit de moindre qualité.

Dire que les cendres sont dangereuses est faux ; dire qu'elles n'ont aucune importance serait tout aussi excessif. Elles sont une information utile à condition de savoir ce qu'elles mesurent et, surtout, ce qu'elles ne mesurent pas.


Questions fréquentes sur les cendres dans les croquettes

Est-ce qu'on ajoute de la cendre dans les croquettes ?

Non. Les cendres brutes correspondent au résidu minéral restant après incinération d'un échantillon à 550 °C en laboratoire. Aucune cendre n'entre dans la fabrication.

Quel taux de cendres est normal dans des croquettes pour chien ?

On rencontre couramment 6 à 8 % de cendres dans les croquettes pour chien adulte. Il n'existe pas de taux maximal réglementaire.

Quel taux de cendres est normal dans des croquettes pour chat ?

Les croquettes pour chat se situent fréquemment entre 6 et 8 %. Les recettes riches en matières animales se trouvent dans la partie haute de cette fourchette.

Un taux de cendres élevé est-il mauvais pour les reins du chat ?

Pas en lui-même. Pour la santé rénale, le phosphore total, ses sources et le rapport calcium/phosphore sont bien plus informatifs. Les travaux récents montrent que les phosphates inorganiques très disponibles, associés à un rapport Ca/P bas, méritent une attention particulière.

Un taux de cendres bas signifie-t-il que les croquettes sont meilleures ?

Non. Il peut résulter de matières premières animales pauvres en minéraux comme le créton (porc déshydraté), ou d'une proportion plus importante d'amidon ou de protéines végétales concentrées. Le taux doit toujours être interprété avec le reste de la composition.

Qu'est-ce que le créton dans les croquettes ?

Le créton de porc ou de bœuf est le résidu protéique obtenu après fonte de tissus animaux riches en graisse. Il contient 55 à 65 % de protéines pour 2 à 5 % de cendres, puisqu'il ne contient pratiquement pas d'os. Sa qualité dépend de sa teneur en tissus conjonctifs, donc en collagène.

Pourquoi le taux de cendres analysé peut-il être différent de celui affiché ?

La valeur affichée est la teneur que le fabricant s'engage à respecter et doit viser à chaque lot produit. Les matières premières et les analyses présentent toutefois une variabilité inévitable, que le règlement 767/2009 encadre : pour les cendres déclarées sous 8 %, un contrôle reste conforme jusqu'à 2 points en dessous et 1 point au-dessus. Cette tolérance n'autorise pas à formuler en dehors de la valeur déclarée.

Qu'est-ce que la bentonite dans les croquettes ?

La bentonite est une argile autorisée comme additif technologique, comme liant ou antiagglomérant, jusqu'à 2 % de l'aliment ; dans les produits que nous avons examinés sur le marché, nous n'avons pas rencontré d'incorporation supérieure à 1 %. Étant minérale, elle contribue au taux de cendres sans apporter de calcium ou de phosphore nutritionnel.


Références citées

  • Abd El-Wahab A., Zeiger A.L., Chuppava B., Visscher C., Kamphues J. (2022). Effects of poultry by-products inclusion in dry food on nutrient digestibility and fecal quality in Beagle dogs. PLOS ONE, 17(11), e0276398.
  • Alexander J., Stockman J., Atwal J. et al. (2019). Effects of the long-term feeding of diets enriched with inorganic phosphorus on the adult feline kidney and phosphorus metabolism. British Journal of Nutrition, 121, 249-269.
  • Bednar G.E., Murray S.M., Patil A.R., Flickinger E.A., Merchen N.R., Fahey G.C. (2000). Selected animal and plant protein sources affect nutrient digestibility and fecal characteristics of ileally cannulated dogs. Archives of Animal Nutrition, 53, 127-140.
  • Beynen A.C. (2018). Clays in dog foods. Creature Companion, avril 2018, p. 38-40.
  • Coltherd J.C., Staunton R., Colyer A. et al. (2019). Not all forms of dietary phosphorus are equal: an evaluation of postprandial phosphorus concentrations in the plasma of the cat. British Journal of Nutrition, 121, 270-284.
  • Coltherd J.C., Staunton R., Colyer A. et al. (2022). Dietary calcium to phosphorus ratio affects postprandial phosphorus concentrations in feline plasma. British Journal of Nutrition, 128, 1689-1699.
  • Davies M., Alborough R., Jones L. et al. (2017). Mineral analysis of complete dog and cat foods in the UK and compliance with European guidelines. Scientific Reports, 7, 17107.
  • de Oliveira L.D., Penazzi L., Kawauchi I.M., Palumbo G.R., Theodoro S.S., Prola L., Carciofi A.C. (2025). Digestibility and metabolisable energy in high-ash poultry meal and plant protein ingredients for dogs. Archives of Animal Nutrition, 79, 234-247. doi 10.1080/1745039X.2025.2584815.
  • Dobenecker B., Webel A., Reese S., Kienzle E. (2018). Effect of a high phosphorus diet on indicators of renal health in cats. Journal of Feline Medicine and Surgery, 20, 339-343.
  • EFSA FEEDAP Panel (2012). Scientific Opinion on the safety and efficacy of bentonite as a technological feed additive for all species. EFSA Journal, 10(7), 2787 ; avis de renouvellement de l'autorisation du 1m558i, EFSA Journal, 2025.
  • FEDIAF (2024). Nutritional Guidelines for Complete and Complementary Pet Food for Cats and Dogs ; Code of Good Labelling Practice for Pet Food.
  • Règlement (CE) n° 767/2009 ; règlement (CE) n° 152/2009, annexe III ; règlement (CE) n° 1831/2003 ; règlement (UE) 2017/2279 (tolérances, annexe IV).
  • Stockman J. (2024). Dietary phosphorus and renal disease in cats: where are we? Journal of Feline Medicine and Surgery, 26(10).
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Le mot de l'expert

Quand j'évalue une croquette, je ne cherche jamais le taux de cendres le plus bas possible. En formulation, il est relativement facile de faire baisser ce chiffre : davantage d'amidon ou de protéines végétales, certaines protéines animales pauvres en minéraux, et le taux diminue, sans que l'aliment soit nécessairement meilleur.

Ce qui m'intéresse davantage, c'est de comprendre d'où viennent ces cendres. Autour de 6, 7 ou 8 %, quelques dixièmes de point entre deux aliments ont finalement peu de sens pris isolément. En revanche, lorsque l'on dépasse 9 %, je deviens plus vigilante, parce qu'une charge minérale aussi élevée mérite d'être expliquée. Fraction osseuse importante, complémentation minérale, argiles : ce sont les matières premières et la formulation qu'il faut alors regarder.

C'est finalement le message essentiel à retenir : le taux de cendres est un bon indice pour poser des questions, mais un mauvais chiffre pour classer les croquettes, surtout dans la plage de 6 à 8 % où se situe la majorité des aliments du marché.

Charlotte Greff, ingénieure agronome, responsable du service nutrition et qualité

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