Le guide de l’alimentation de son chat : l'avis d'une experte

Bien nourrir son chat semble être la chose la plus simple du monde : un paquet de croquettes, une gamelle toujours pleine, et le tour est joué. Pourtant, dès qu'on gratte un peu, les questions arrivent en cascade. Croquettes ou pâtée ? Faut-il vraiment éviter les céréales ? Les aliments vendus en clinique vétérinaire sont-ils supérieurs ? Et pourquoi ce chat qui adorait sa recette la refuse-t-il catégoriquement depuis mardi ?
À cela s'ajoute une difficulté propre à l'espèce : la nutrition féline est nettement moins documentée que la nutrition canine, et les informations que l'on trouve en ligne se contredisent allègrement.
Chez Nourrir Comme La Nature, nous pensons qu'il n'existe pas d'aliment parfait valable pour tous les chats, mais qu'il existe des repères solides pour faire un choix éclairé. Voici donc un guide pour y voir plus clair, puis l'avis de Camille, l'une de nos spécialistes en nutrition, qui a consacré tout un ouvrage à la question.
Le guide pour bien nourrir son chat
Le chat est le grand oublié de la nutrition des animaux de compagnie. Les recherches sont moins nombreuses que chez le chien, les gammes moins travaillées, et il reste courant de considérer qu'un chat « se débrouille », qu'il suffit de laisser une gamelle pleine et de ne plus y penser.
C'est d'autant plus dommage que c'est probablement l'espèce chez laquelle l'alimentation pèse le plus lourd. Ses besoins sont plus rigides que ceux du chien, sa marge d'erreur plus étroite, et une bonne partie des affections qui rythment sa vie d'adulte, surpoids, troubles urinaires, diabète, ont un lien direct avec ce qu'il y a dans sa gamelle.
Un carnivore strict, et ce n'est pas un détail
Le chien est un carnivore à tendance omnivore, capable de s'adapter à une alimentation variée. Le chat, lui, est un carnivore strict, et cette différence a des conséquences très concrètes sur sa gamelle.
Son métabolisme dégrade les protéines en continu, y compris lorsque les apports diminuent : ses besoins protéiques sont donc plus élevés et peu compressibles. Surtout, il a perdu au fil de l'évolution plusieurs capacités de synthèse que possèdent d'autres espèces. Il ne fabrique pas suffisamment de taurine, un acide aminé indispensable au cœur et à la rétine, dont la carence provoque des atteintes graves. Il ne transforme pas efficacement le bêta-carotène des végétaux en vitamine A et a besoin de vitamine A déjà formée, d'origine animale. Il ne produit pas non plus assez d'acide arachidonique à partir des huiles végétales.
Traduction pratique : un chat ne peut pas être nourri comme un petit chien, et encore moins avec des restes de table ou une alimentation improvisée. Ces nutriments doivent impérativement être apportés par l'aliment, qu'il soit industriel ou fait maison.
L'humide, l'enjeu numéro un
Descendant d'un félin des zones arides, le chat a une sensation de soif peu développée. Il compense mal, et souvent de façon incomplète, l'eau qu'il ne trouve pas dans son alimentation.
Or l'écart est considérable : une croquette contient environ 8 % d'humidité, une pâtée autour de 80 %. Un chat nourri exclusivement au sec ingère donc, au total, nettement moins d'eau qu'un chat nourri avec de l'humide. C'est un paramètre à ne pas négliger, en particulier chez les mâles stérilisés, les chats d'intérieur peu actifs et ceux qui ont des antécédents urinaires.
Cela ne signifie pas que les croquettes sont à bannir. Cela signifie qu'il est judicieux de faire une place à l'humide, ne serait-ce que partiellement, et de multiplier les points d'eau.
Combien doit-il manger ?
C'est là que se joue une grande partie des problèmes de poids. Les recommandations figurant sur les paquets sont établies pour un chat moyen qui n'existe pas, et elles surestiment fréquemment les besoins réels.
Le besoin énergétique dépend du poids, mais aussi et surtout du mode de vie. Un chat d'intérieur stérilisé a des besoins bien inférieurs à ceux d'un chat qui chasse dehors : la stérilisation abaisse la dépense énergétique tout en augmentant l'appétit, une combinaison qui explique une bonne part des surpoids félins. Selon le profil, on se situe le plus souvent entre 40 et 70 kilocalories par kilo de poids et par jour, ce qui représente déjà un écart important d'un chat à l'autre.
Pour convertir ce besoin en grammes, il faut connaître la densité énergétique de l'aliment, exprimée en kilocalories par kilo. Sans elle, impossible de comparer deux produits ni d'ajuster correctement les quantités. Le meilleur juge reste ensuite l'observation : la note d'état corporel, en palpant les côtes et en regardant la silhouette de dessus, vaut mieux qu'un tableau imprimé sur un sac.
Il faut faire très attention car la prise de poids est très rapide chez un chat, notamment ceux d'intérieur ou stérilisé.
Croquettes, pâtée, ration ménagère, cru : que choisir ?
Aucune de ces options n'est intrinsèquement supérieure aux autres. Chacune a ses exigences.
Les croquettes sont pratiques, économiques et faciles à conserver, mais très pauvres en eau et de qualité extrêmement variable d'une référence à l'autre. La pâtée apporte l'hydratation et une bonne satiété, à condition de choisir une recette complète et non un simple complément gourmand, ce que la mention réglementaire sur l'emballage permet de vérifier. La ration ménagère et l'alimentation crue offrent un contrôle total sur les ingrédients, mais ne tolèrent aucune improvisation : sans complément minéral et vitaminique adapté, avec un rapport phosphocalcique déséquilibré ou sans taurine en quantité suffisante, les carences s'installent silencieusement.
Une solution souvent sous-estimée consiste à combiner les approches, par exemple des croquettes le matin et de la pâtée le soir. Le meilleur régime reste celui que vous pourrez tenir dans la durée, avec votre temps, votre budget et votre organisation.
Tenir compte du comportement alimentaire
Le chat n'est pas un animal à deux repas. Dans son fonctionnement naturel, il prend une dizaine de petits repas. Distribuer sa ration en plusieurs fois, ou utiliser des distributeurs ludiques qui l'obligent à chercher sa nourriture, correspond bien mieux à son éthologie et limite la vitesse d'ingestion.
Deux points de vigilance méritent d'être connus. Les transitions alimentaires doivent être menées très progressivement, sur une à deux semaines, car le chat est facilement néophobe et se fixe tôt sur les textures qu'il connaît. Et surtout, un chat ne doit jamais rester plusieurs jours sans manger : le jeûne prolongé expose à des soucis de santé. Un chat qui refuse durablement sa gamelle n'est pas capricieux, c'est un motif de consultation.
Quelques idées reçues à relativiser
Le « sans céréales » n'est pas un gage de qualité : les céréales y sont remplacées par d'autres sources d'amidon, et le taux de glucides final n'est pas nécessairement plus bas. Cependant, ce n’est pas un mal non plus, des croquettes à base de tubercules et racines ont de bons résultats de gélatinisation de l’amidon et donc de digestibilité non plus.
Tout n’est pas blanc ou noir.