La taurine chez le chat, c’est quoi ?

Saviez-vous que votre chat ne peut pas vivre sans taurine ? Que cette petite molécule est capable d’influencer son cœur, sa vue, sa fertilité et même son système immunitaire ? Pourquoi les fabricants de croquettes ajoutent-ils systématiquement de la taurine dans les recettes ? Et enfin, quels risques court un chat nourri avec une alimentation inadaptée ? Pour vous aider à y voir plus clair et éclaircir tous ces questionnements, Nourrir Comme La Nature vous révèle dans ce nouvel article qu’est-ce que la taurine chez le chat.
La taurine : un acide aminé pas comme les autres
La taurine est un acide aminé soufré, mais elle se distingue des autres par une particularité : elle n’est pas utilisée pour construire des protéines. Au lieu de cela, elle circule librement dans l’organisme et participe directement à de nombreuses fonctions biologiques vitales.
Chez le chien ou l’homme, l’organisme est capable d’en fabriquer en quantité suffisante. Mais pas chez le chat. Celui-ci dépend entièrement d’un apport alimentaire quotidien. C’est ce qui fait de la taurine un nutriment vital et unique dans la nutrition féline.
Pourquoi le chat a-t-il besoin de taurine ?
Maintenant que vous savez dans les grandes lignes ce qu’est la taurine, vous pouvez encore vous demander pourquoi le chat en a-t-il tant besoin ? Et en réalité, c’est parce que la taurine joue un rôle essentiel dans :
● La santé cardiaque : elle participe à la contractilité du muscle cardiaque. Une carence peut provoquer une cardiomyopathie dilatée, une maladie grave du cœur.
● La vision : elle protège la rétine. Sans apport suffisant, le chat risque une dégénérescence rétinienne pouvant mener à la cécité.
● La reproduction et la croissance : un déficit peut entraîner des troubles de la fertilité, des anomalies congénitales et un retard de croissance chez les chatons.
● Le système immunitaire et le métabolisme : elle intervient dans la digestion des graisses via les acides biliaires et soutient les défenses immunitaires.
● La digestion des graisses : elle entre dans la composition des acides biliaires, nécessaires à l’absorption des lipides.
À noter 📝
Des carences fréquentes… avant les années 1980
Aujourd’hui, les aliments complets pour chats contiennent tous de la taurine. Mais cela n’a pas toujours été le cas.
Dans les années 1980, des chercheurs ont découvert que de nombreux chats nourris avec des croquettes présentaient des maladies graves : cardiomyopathies dilatées, cécité, troubles de reproduction. Ces aliments n’étaient pas enrichis en taurine, et la cuisson détruisait une grande partie de celle naturellement présente dans la viande.
Ces observations ont révolutionné la formulation des aliments pour chats. Depuis, l’ajout systématique de taurine est obligatoire dans toute recette estampillée “aliment complet pour chat”.
D’où vient la taurine des croquettes ?
La taurine est naturellement présente dans de nombreux tissus animaux, en particulier le cœur, le foie, les abats et certains poissons. Ces ingrédients sont d’ailleurs traditionnellement les sources natives de taurine dans l’alimentation du chat. Cependant, la teneur varie fortement selon l’espèce, le tissu considéré, mais aussi selon les conditions de conservation et de transformation.
En fabrication d’aliments secs (croquettes), une partie de cette taurine native est perdue lors des étapes de cuisson, d’extrusion et de séchage.
Pour ces raisons, il est impossible de s’appuyer uniquement sur les apports natifs des matières premières animales. Afin de sécuriser la couverture des besoins nutritionnels, les fabricants ajoutent systématiquement de la taurine pure dans leurs recettes.
Cette taurine ajoutée en additif est une molécule synthétique, identique chimiquement à la taurine naturelle. Elle est produite industriellement par synthèse chimique, généralement à partir de dérivés de l’oxyde d’éthylène et du bisulfite de sodium. Ce procédé, mis au point dès le XXᵉ siècle, permet d’obtenir une substance stable, standardisée et parfaitement adaptée aux usages alimentaires et pharmaceutiques.
Sur le plan industriel, la quasi-totalité de la production mondiale est réalisée en Chine, qui s’est imposée comme leader dans ce segment. Quelques capacités existent au Japon ou en Corée du Sud, mais elles sont marginales face au volume chinois.
Les fabricants européens d’aliments pour animaux ne s’approvisionnent pas directement auprès des usines chinoises. Ils passent par des fournisseurs et distributeurs spécialisés qui importent la taurine, la contrôlent, puis la certifient selon des standards poussés.
La taurine en tant qu'additif vient principalement de Chine, son incorporation dans les croquettes repose sur une chaîne d’approvisionnement contrôlée et sécurisée, garantissant que le chat reçoive la quantité optimale de ce nutriment vital. Mais cela ne sert à rien d'en mettre en outrance dans les aliments.
L’impact de la cuisson sur la taurine
La taurine est sensible à la chaleur et soluble dans l’eau. Les cuissons humides (comme le fait de faire bouillir ou la cuisson à la vapeur) entraînent donc une perte importante, tandis que les cuissons sèches (four) en conservent davantage. Cela explique pourquoi l’alimentation industrielle, soumise à des procédés thermiques, doit être enrichie en taurine pour éviter toute carence et de manière 2 fois plus importante pour les pâtées.
Quels sont les besoins en taurine du chat ?
Les recommandations de la FEDIAF fixent un besoin minimal en taurine pour le chat adulte, en croissance et en reproduction, soit 0,13 (aliment sec) à 0,25 % (aliment humide en conserve) de taurine sur matière sèche.
Les fabricants en ajoutent souvent plus pour couvrir les pertes dues à la transformation.
Quels sont les risques d’une carence ou d’un excès de taurine ?
Un apport insuffisant expose à un déficit fonctionnel (cardiomyopathie dilatée, troubles visuels, anomalies de reproduction).
Un apport excédentaire, en revanche, ne pose pas de problème connu de toxicité : la taurine excédentaire est excrétée sans s’accumuler. Les études disponibles n’ont pas mis en évidence d’effet délétère même à des niveaux plusieurs fois supérieurs aux recommandations.
Mais attention : ce n’est pas parce qu’une croquette contient « beaucoup de taurine » qu’elle est nécessairement meilleure. Au-delà d’un certain seuil, l’efficacité physiologique atteint un plateau : le chat ne stocke pas la taurine en excès.
Les bénéfices additionnels (par ex. propriétés antioxydantes ou protectrices de membranes) peuvent exister à des doses un peu supérieures au minimum, mais ils ne croissent pas indéfiniment avec la quantité.
En formulation, on raisonne donc à la fois sur la sécurisation des apports minimums et sur l’intérêt fonctionnel ciblé, mais sans chercher à « saturer » inutilement.
En résumé :
● Pas de risque de surdose connue chez le chat, grâce à l’excrétion urinaire.
● Un excès n’est pas nocif, mais n’apporte pas forcément de bénéfice supplémentaire passé un certain seuil.
● L’intérêt est surtout de garantir une couverture minimale robuste, puis d’ajuster selon les objectifs (sécurité, santé du chat âgé ou convalescent, etc.).
Comment savoir si l’aliment de votre chat contient assez de taurine ?
Vérifiez que la mention “aliment complet pour chat” figure bien sur l’emballage. Cela garantit que l’aliment respecte les recommandations officielles FEDIAF 2025 qui fixent le minimum pour les croquettes à 0,1 % de la matière sèche (≈ 1 000 mg/kg MS), ce qui correspond à environ 900 mg/kg « tel que vendu » pour un aliment à 7 % d’humidité.
En formulation pratique, les niveaux retrouvés dans les aliments secs pour chats varient beaucoup :
● En dessous de 1 000 mg/kg (≈ 900 mg/kg) dans certaines recettes très riches en matières premières animales naturellement pourvoyeuses de taurine (poissons, volailles). Ici, l’ajout est limité, car l’apport en plus natif des ingrédients suffit amplement à une marge de sécurité confortable.
● Autour de 1000-1 500 mg/kg dans la majorité des croquettes, niveau jugé sécuritaire et permettant de compenser les pertes technologiques liées à l’extrusion.
● Jusqu’à 2 000 mg/kg et plus dans certaines formulations spécifiques, où l’on recherche aussi les propriétés antioxydantes et cytoprotectrices de la taurine, utiles chez le chat âgé, convalescent ou soumis à un stress oxydatif.
Cependant, ce n'est pas une obligation légale. Si la teneur n'est pas renseignée, contactez le fabricant.
