Patate douce ou pomme de terre dans les croquettes : quelle différence ?

En regardant les emballages de croquettes pour chiens et chats, il est fréquent de constater que certaines recettes intègrent de la pomme de terre, tandis que d’autres mettent en avant la patate douce. Ces deux ingrédients, pourtant proches sur le plan fonctionnel, sont souvent perçus de manière très différente par les propriétaires. La patate douce bénéficie d’une image plus valorisante, plus « naturelle » ou plus premium, là où la pomme de terre est parfois considérée comme banale, voire problématique.
En nutrition animale et en formulation petfood, cette opposition est largement artificielle. Le choix entre pomme de terre et patate douce repose avant tout sur des considérations nutritionnelles, technologiques, économiques et de sourcing, bien plus que sur des notions de qualité intrinsèque.
Les particularités de la pomme de terre dans les croquettes
La pomme de terre est un ingrédient historiquement très utilisé en alimentation animale. Contrairement à ce que l’on imagine parfois, elle n’arrive pas brute en usine de fabrication de croquettes. Elle est majoritairement utilisée sous forme de fécule ou de flocons, c’est-à-dire déjà transformée en amont, purifiée et standardisée. Il ne s’agit donc ni de pommes de terre crues, ni de tubercules entiers épluchés sur place.
Sur le plan technologique, la fécule de pomme de terre est une source d’amidon particulièrement intéressante. Son comportement à l’extrusion est très bien maîtrisée, ce qui le rend hautement digestible pour le chien comme pour le chat. Cette digestibilité est élevée, stable et surtout reproductible, un point fondamental en nutrition animale où la constance d’un aliment est un critère majeur de qualité.
La pomme de terre a également été largement utilisée dans les recettes dites « sans céréales », car elle permet d’assurer la structuration de la croquette et l’apport énergétique sans recourir au blé, au riz ou au maïs et souvent très appréciée dans les recettes types hypoallergéniques ou pour animaux sensibles.
Cette utilisation lui a progressivement conféré une image d’ingrédient neutre, parfois même présenté comme mieux toléré.
Fausse croyance : la pomme de terre serait toxique
La principale inquiétude autour de la pomme de terre concerne sa toxicité supposée. Cette idée repose sur la présence de solanine, un glycoalcaloïde naturellement produit par la plante. Il est important de rappeler que la solanine se concentre dans les parties vertes, les germes et les pommes de terre crues ou mal stockées.
En petfood, cette problématique n’a pas lieu d’être. La matière première utilisée est déjà transformée en fécule ou en flocons, ce qui élimine les fractions concernées, et le procédé thermique appliqué lors de la fabrication sécurise encore davantage l’ingrédient. Celui-ci est l’opposé du toxique. C’est un ingrédient stable et digeste.
Un autre avantage souvent sous-estimé de la pomme de terre réside dans son sourcing. En Europe, la fécule de pomme de terre est fréquemment issue de filières locales ou régionales, ce qui permet une meilleure traçabilité, une qualité plus homogène et un impact environnemental plus maîtrisé.
Les particularités de la patate douce dans les croquettes
La patate douce est un ingrédient plus récent dans les formulations petfood, porté par une image très positive auprès des consommateurs. Sur le plan nutritionnel, elle se distingue par une teneur naturellement plus élevée en fibres et par la présence de bêta-carotène, un précurseur de la vitamine A aux propriétés antioxydantes et participant à la modulation de l’inflammation.
Cet apport en bêta-carotène est réel et peut constituer un intérêt nutritionnel complémentaire, mais il convient de le replacer dans son contexte. À lui seul, il ne transforme pas une croquette en aliment fonctionnel ou thérapeutique. Comme toujours, c’est la formulation globale qui détermine l’impact nutritionnel réel.
Sur le plan industriel, la patate douce se comporte de manière très proche de la pomme de terre. Son amidon est stable à l’extrusion, se gélatinise correctement et présente une bonne digestibilité lorsque le procédé est maîtrisé. D’un point de vue petfood processing, il n’existe pas de supériorité technique de la patate douce par rapport à la fécule de pomme de terre.
Quelles sont les différences entre la patate douce et la pomme de terre dans les croquettes ?
Une autre idée largement répandue concerne un risque accru de calculs d’oxalate lié à la patate douce. Les données scientifiques actuelles ne soutiennent pas cette affirmation chez le chien ou le chat.
Les études disponibles montrent que, chez ces espèces, les facteurs alimentaires déterminants dans la formation des calculs de calcium-oxalate sont avant tout :
• Le volume urinaire, fortement influencé par l’apport en eau consommé par l’animal ;
• La minéralisation globale de la ration (calcium, sodium, potassium, phosphore, magnésium) ;
• Et le pH urinaire.
L’effet d’un ingrédient végétal isolé est secondaire, voire négligeable, par rapport à ces paramètres.
À ce jour, aucune étude n’identifie la patate douce comme un facteur de risque vis-à-vis des calculs d’oxalate chez le chien ou le chat. Chez le chien, la charge calcique alimentaire semble influencer davantage le risque de cristallisation que la quantité d’oxalate apportée par la ration. Les travaux sur l’effet potentiel des fibres fermentescibles sur l’absorption intestinale de l’oxalate sont encore en cours.
Chez l’humain, la patate douce est effectivement un aliment modérément riche en oxalates, mais elle ne figure pas parmi les sources les plus problématiques, comme les épinards, la rhubarbe ou certaines noix. Les recommandations reposent avant tout sur une bonne hydratation, un apport calcique suffisant aux repas et la limitation des aliments très riches en oxalate, plutôt que sur l’exclusion de la patate douce qui est tolérée en quantité modérée pour les personnes à risque.
Transposer ces données à l’alimentation du chien et du chat n’a pas vraiment de sens, surtout que les quantités incorporées sont souvent inférieures à 20% (moins de 20g pour 100g d’aliment). En l’état actuel des connaissances, rien ne permet d’affirmer que la patate douce, intégrée en quantité raisonnable dans une ration équilibrée, favorise la formation de calculs d’oxalate chez ces espèces. Sauf si l’on souhaite dévaloriser cet aliment par la peur.
Quelles sont les différences entre la patate douce et la pomme de terre dans les croquettes ?
Sur le plan strictement fonctionnel, la pomme de terre et la patate douce remplissent le même rôle dans les croquettes : fournir un amidon digestible permettant d’apporter de l’énergie et de structurer le produit lors de l’extrusion. Lorsqu’elles sont correctement transformées, toutes deux présentent une excellente digestibilité.
Les différences tiennent davantage à des aspects secondaires mais néanmoins importants. La patate douce apporte une densité nutritionnelle légèrement différente, avec davantage de fibres et de bêta-carotène. La pomme de terre, plus neutre, se distingue par une grande constance technologique, un sourcing souvent plus local et un coût plus maîtrisé.
La patate douce est par ailleurs majoritairement importée en Europe, ce qui implique un impact environnemental plus élevé et un prix d’achat supérieur, sans que le bénéfice nutritionnel soit proportionnel dans toutes les situations.
Opposer la pomme de terre et la patate douce dans les croquettes relève davantage du discours marketing que de la réalité scientifique. Ces deux ingrédients sont digestes, stables et adaptés à l’alimentation canine et féline lorsqu’ils sont correctement utilisés. Les craintes liées à la solanine dans la pomme de terre ou aux oxalates dans la patate douce ne sont pas étayées par les données disponibles chez le chien et le chat.