Les races de chien 5 min 21/09/2026

Le Berger des Shetland : portrait d'un petit chien de travail devenu chien de famille

On l'appelle souvent le "petit Colley" et on pourrait s’y laisser tromper avec sa silhouette fine, sa collerette abondante, son regard vif et son allure qui n’est pas sans rappeler celle du Colley à poil long. Mais en realité, le Berger des Shetland n'est absolument pas une version miniature d'une autre race, et surtout, son profil de santé et ses besoins alimentaires ne ressemblent pas du tout à ce qu'on attend d'un chien de cette taille. Pour vous aider à y voir plus clair, Nourrir Comme La Nature vous dit tout sur le Berger des Shetland dans cet article !


Le comportement du Berger des Shetland

C'est un chien attentif, presque en veille permanente, comme beaucoup de bergers. Il observe, il anticipe et il réagit vite. Le standard de la race le décrit comme vif, doux, intelligent, très attaché à son propriétaire et réservé avec les inconnus. Cette vigilance a une contrepartie. Dans la grande enquête finlandaise de Salonen et ses collègues, portant sur près de 13 700 chiens de compagnie et 264 races, le Berger des Shetland ressort parmi les races où la peur générale est la plus fréquemment rapportée par les propriétaires. Ce n'est pas une fatalité et beaucoup de Shetlands vivent très bien, mais on observe tout de même souvent une sensibilité aux bruits, aux mouvements brusques et aux environnements nouveaux qu’il faut donc prendre en compte dès que l’on envisage l’adoption de cette race.

Côté énergie, c'est un chien de travail dans un petit format. Il apprend vite, il aime apprendre et il a besoin qu'on lui donne quelque chose à faire. L'aboiement est un vrai sujet chez cette race et il s'installe d'autant plus facilement que le chien s'ennuie.


Les infos clés à connaître avant d'adopter un Berger des Shetland

  • Gabarit : Petit chien
  • Taille : 37 cm au garrot pour les mâles, 35,5 cm pour les femelles selon le standard, avec une tolérance de 2,5 cm
  • Type de poil : Long, poil de couverture dur et droit, sous-poil court et serré, collerette et franges abondantes
  • Poids moyen : 6 à 12 kg selon les lignées et la structure
  • Comportement : Vif, attentif, très coopératif, réservé avec les inconnus. Sensible aux bruits et aux environnements changeants. Aboie facilement.
  • Généralement à l'aise avec d'autres animaux ? Oui, en général, avec une socialisation soignée. Le comportement de rassemblement peut poser question avec des espèces qui bougent vite.
  • Généralement à l'aise avec les enfants ? Oui, à condition que l'environnement reste calme. Les mouvements rapides et les cris peuvent le mettre en tension.
  • A besoin d'une forte activité sportive ? Modérément. Une heure environ de sortie quotidienne suffit souvent, mais la stimulation mentale n'est pas négociable.


Un chien né sur des îles difficiles

L'histoire du Berger des Shetland est moins documentée que celle d’autres races plus populaires. Il n'existe pas de registre manuscrit d'un fondateur unique et une partie des origines reste incertaine. Ce qu'on sait, c'est que la race vient de l'archipel des Shetland, au nord de l'Écosse, un environnement pauvre et venteux où les animaux d'élevage étaient eux-mêmes de petit format. Les poneys, les moutons et les bovins des Shetland sont tous plus petits que leurs équivalents continentaux. Le chien de berger local a suivi la même logique.

Les croisements ayant contribué à la race sont discutés. On évoque l'influence de chiens de type spitz venus de Scandinavie, celle de chiens islandais amenés par les bateaux, celle du King Charles Spaniel, et plus tard celle du Colley. Ce dernier point est important car au début du XXe siècle, des éleveurs ont introduit du sang de Colley à poil long pour uniformiser le type, à un moment où les chiens des îles étaient encore très hétérogènes. Selon les premiers historiens de la race, les Shetlands américains portaient environ 50 % de sang de Colley. Au Royaume-Uni, un croisement avec un Colley restait acceptable à condition que les descendants soient rétro-croisés sur trois générations avant d'être enregistrés.

La reconnaissance officielle date de la même période. Les premiers enregistrements ont lieu à Lerwick en 1908, puis auprès du Scottish Shetland Sheepdog Club en 1909. La race est d'abord nommée Shetland Collie. Les éleveurs de Colley protestent, et le nom devient Shetland Sheepdog dès l'automne 1909. L'English Shetland Sheepdog Club se constitue en 1914 et l'American Kennel Club enregistre son premier sujet en 1911.


Du travail sur les îles à la vie de famille

Le Berger des Shetland n'a jamais connu la trajectoire de popularité explosive d’autres races et c'est plutôt à son avantage. Il s'est installé progressivement comme chien de compagnie et comme chien de sport, particulièrement en agility et en obéissance, où sa vitesse d'apprentissage et sa coopération font merveille.

C’est un chien qui comprend vite, qui cherche l'échange et qui reste maniable dans un format compatible avec un appartement ou une maison de ville. Mais évidemment, il est à noter qu’un chien qui comprend vite s'ennuie vite aussi. Un Shetland qui n'a rien à faire de sa journée trouve des occupations qui ne conviennent pas toujours à ses propriétaires !


Un profil de santé bien particulier

La race vieillit plutôt bien. Les données britanniques récentes situent l'espérance de vie autour de 13 à 14 ans, ce qui la place parmi les races à bonne longévité. Mais il y a plusieurs points de vigilance à prendre en compte.

Le premier est pharmacologique. Le Berger des Shetland fait partie des races porteuses de la mutation du gène MDR1, aussi appelée ABCB1. Cette mutation altère une protéine qui protège normalement le système nerveux central en repoussant certaines molécules hors du cerveau. Chez un chien porteur de deux copies, des médicaments courants, notamment certains antiparasitaires et certains antidiarrhéiques, peuvent provoquer des accidents neurologiques graves. Les fréquences rapportées varient beaucoup selon les populations étudiées : dans une population de chiens envoyés spontanément au génotypage, la fréquence allélique atteignait 31 % chez 66 Shetlands testés, alors qu'elle est bien plus basse dans les populations vétérinaires non sélectionnées. Par prudence, il faut faire tester son Shetland et communiquer le résultat au vétérinaire. C’est une démarche peu coûteuse qui peut éviter un accident évitable.

Le deuxième point concerne les yeux. L'anomalie de l'œil du Colley, liée au gène NHEJ1, touche aussi le Berger des Shetland. La sévérité est très variable d'un chien à l'autre, allant d'une lésion sans conséquence fonctionnelle à un colobome ou un décollement de rétine. Le dépistage génétique existe et le diagnostic ophtalmologique précoce chez le chiot reste la référence.

Viennent ensuite plusieurs affections à composante héréditaire ou immunitaire : la dermatomyosite, une atteinte cutanée et musculaire qui apparaît chez le jeune et pour laquelle plusieurs loci de risque ont été identifiés, la maladie de von Willebrand de type III, dont le club américain rapportait en 2008 une répartition de 90,3 % de chiens indemnes, 9,4 % de porteurs et 0,3 % d'atteints, et l'hypothyroïdie.

Sur le plan articulaire, le tableau est bien plus favorable que chez les races de grand format. La dysplasie de la hanche existe, mais elle reste peu fréquente dans la race, à des niveaux très inférieurs à ceux rapportés chez les races de grande taille.

Enfin, la vésicule biliaire mérite une mention. Le Berger des Shetland est régulièrement surreprésenté dans les études sur la mucocèle biliaire, une accumulation de mucus épaissi dans la vésicule qui peut évoluer vers une obstruction ou une rupture. L'âge moyen d'apparition dans la race se situe autour de 9 ans, avec des cas rapportés entre 5 et 12 ans. Une mutation du gène ABCB4 avait été proposée en 2010 comme facteur de risque, mais les travaux ultérieurs sur des effectifs plus larges n'ont pas confirmé l'association, et aucun test de dépistage n'est aujourd'hui recommandé pour les décisions d'élevage. En revanche, les liens avec les troubles endocriniens et avec les anomalies lipidiques sont, eux, bien documentés.

Lipides et thyroïde

C'est ici que le Berger des Shetland se distingue vraiment. Cette race fait partie du petit groupe de chiens chez qui une hyperlipidémie primaire a été décrite, c'est-à-dire une élévation des triglycérides ou du cholestérol sanguins sans cause sous-jacente identifiable. Le travail de Mori et ses collègues a mis en évidence cette prédisposition chez le Berger des Shetland et le Schnauzer nain, par comparaison avec d'autres races. On retrouve régulièrement la même liste dans les revues de nutrition clinique : Schnauzer nain, Berger des Shetland, Colley à poil long, Briard, West Highland White Terrier.

Concrètement, cela signifie qu'un Shetland peut présenter des triglycérides élevés sur une prise de sang alors qu'il est nourri normalement et qu'il n'est pas en surpoids. Ce n'est pas systématique, et beaucoup de Shetlands ont un bilan lipidique parfaitement normal toute leur vie. Mais quand la valeur est anormale, elle mérite d'être prise au sérieux, car l'hypertriglycéridémie chronique est associée chez le chien à un risque accru de pancréatite, et parce qu'elle intervient aussi dans le contexte des mucocèles biliaires évoquées plus haut.

La thyroïde vient s'ajouter à ce tableau. L'hypothyroïdie est fréquente dans la race : les données du registre américain OFA font état d'environ 12,7 % de résultats anormaux sur plus de 14 000 Shetlands testés, ce qui place la race au 22e rang des races les plus concernées. Ces chiffres proviennent de chiens présentés au dépistage, souvent des reproducteurs, ce qui n'en fait pas une prévalence de population générale. Ils indiquent malgré tout une fréquence réelle et non négligeable.

Le lien entre les deux est direct. Une hypothyroïdie non traitée ralentit le métabolisme des lipides et provoque secondairement une élévation du cholestérol et parfois des triglycérides. Elle favorise aussi la prise de poids et la léthargie, ce qui réduit encore la dépense énergétique. On peut donc se retrouver avec un chien qui grossit, qui a un bilan lipidique perturbé, et pour qui la première réponse utile n'est pas alimentaire mais hormonale. C'est une nuance importante en pratique : avant de conclure à une hyperlipidémie primaire, il faut avoir écarté les causes secondaires, thyroïde en tête, mais aussi hypercorticisme, diabète, cholestase et pancréatite. L'hyperlipidémie primaire est un diagnostic d'exclusion.


Gérer l'alimentation du Berger des Shetland au quotidien

La première chose à dire, c'est qu'un Shetland en bonne santé, avec un bilan sanguin normal, n'a pas besoin d'une ration appauvrie en matières grasses. Restreindre le gras chez un chien qui n'en a pas besoin n'apporte rien et complique la vie de tout le monde. La restriction lipidique est une réponse à une anomalie documentée et non une précaution de principe.

En revanche, lorsqu’une hypertriglycéridémie est confirmée sur un prélèvement réalisé après un jeûne d'au moins douze heures, et que les causes secondaires ont été écartées, l'alimentation devient le premier levier. Les recommandations en nutrition clinique convergent vers une ration apportant au maximum 24 g de matières grasses pour 1000 kcal, soit environ 20 % de l'énergie métabolisable. Un point souvent négligé : pour observer un effet réel sur les valeurs sanguines, la baisse des apports lipidiques doit être conséquente, de l'ordre de la moitié de ce que le chien recevait auparavant.

Les acides gras oméga-3 à longue chaîne, EPA et DHA, ont un intérêt documenté en complément d'une ration appauvrie en graisses, notamment via une réduction de la production hépatique de triglycérides et une meilleure activité de la lipoprotéine lipase. Les doses se calculent sur la base du poids métabolique, en mg par kg de poids vif élevé à la puissance 0,75, et non en cuillères ou en gélules standardisées. Chez un chien de 8 kg, la différence entre un dosage approximatif et un dosage calculé est loin d'être anecdotique.

Les fibres jouent également un rôle, en réduisant l'absorption des graisses et en augmentant l'élimination des acides biliaires. Un apport en fibres bien choisi peut compléter utilement la stratégie, sans que cela dispense de la maîtrise des lipides.

Vient ensuite la question du format. Un Shetland de 8 kg mange peu, et c'est précisément ce qui pose problème. Sur une ration quotidienne de l'ordre de 150 g, une erreur de 20 g représente plus de 13 % des apports. Le même écart chez un chien de 30 kg passerait presque inaperçu. Il arrive de voir des rations qui varient de 15 à 20 % d'un repas à l'autre, car elles ne sont pas pesées. Peser avec une balance de cuisine reste la façon la plus simple d'avoir une ration réellement stable chez un chien de ce format.

Les friandises suivent la même logique. Chez un petit chien, quelques morceaux de fromage, un bout de saucisse ou un bâtonnet à mâcher peuvent représenter une part très importante de la ration énergétique quotidienne, et ils sont souvent riches en graisses. La règle habituelle est de ne pas dépasser 10 % des apports caloriques journaliers en friandises, et de choisir des friandises dont la teneur en matières grasses est équivalente ou inférieure à celle de la ration principale. Chez un Shetland présentant une anomalie lipidique, c'est un point non négociable, et pourtant c'est souvent celui qu'on oublie de regarder.

Pour le chiot, enfin, deux repères. Une croissance maîtrisée reste préférable à une croissance rapide, même chez une race de petit format où la pression articulaire est moindre. Et la supplémentation en calcium est à proscrire : chez le chien en croissance, elle est dangereuse, y compris chez les petits formats, et une ration complète et équilibrée couvre déjà les besoins.


Les croquettes idéales pour le Berger des Shetland

Recette 1, profil "adulte entretien, format mini" : Wolfood adult chicken mini

Recette 2, profil "riche en oméga-3 à longue chaîne" : intéressante pour les Shetlands présentant un bilan lipidique limite ou un suivi thyroïdien, et pour la qualité du poil, très sollicitée chez une race à double fourrure : Wolfood Fish & Rice

Recette 3, profil "allégée en matières grasses, contrôle du poids" : pour les Shetlands avec hypertriglycéridémie documentée, en post-pancréatite, ou en surpoids installé après une hypothyroïdie. Wolfood adult light control


Le Berger des Shetland est-il fait pour moi ?

Niveau d'activité du propriétaire

███████░░░ 7/10 Une heure de sortie quotidienne suffit souvent, mais elle doit être régulière et variée. Le Shetland s'accommode mal d'une routine strictement identique.

Temps disponible au quotidien

███████░░░ 7/10 Chien attaché à ses propriétaires, il supporte les absences si elles sont préparées, mais mal si elles sont longues et répétées.

Intérêt pour l'éducation et la stimulation mentale

█████████░ 9/10 C'est le point central chez cette race. Un Shetland qui n'apprend rien devient un Shetland qui aboie.

Tolérance au bruit et aux aboiements

████████░░ 8/10 L'aboiement est un comportement facilité chez cette race. Il se travaille, mais il faut s'y attendre et l'anticiper.

Tolérance au ménage / entretien

████████░░ 8/10 Double fourrure, mues importantes, collerette et franges à entretenir. Le brossage régulier n'est pas optionnel.

Budget santé / prévention

██████░░░░ 6/10 Bonne longévité et peu de troubles articulaires, mais des points de vigilance spécifiques : test MDR1, dépistage oculaire, suivi thyroïdien et bilan lipidique en vieillissant.

Rigueur sur l'alimentation

███████░░░ 7/10 Peu de prédisposition franche au surpoids, mais un petit format qui rend les erreurs de ration proportionnellement lourdes, et un terrain lipidique à surveiller.


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Le mot de Justine

Le Berger des Shetland est un chien qu’il est facile de sous-estimer. Son format et son allure font penser à un petit chien de compagnie adaptable, alors qu'il s’agit d’un chien de travail avec des besoins cognitifs réels et une sensibilité qui demande de l'attention.

Sur le plan de la santé, c'est une race qui vieillit bien, sans les fragilités articulaires lourdes des grands formats. Les points de vigilance sont ailleurs, plus discrets, et ils passent souvent inaperçus tant qu'on ne les cherche pas. Un test MDR1 fait une fois pour toutes ou veiller à un mariage sain/sain ou porteur sain/sain des parents, un dépistage oculaire chez le chiot, et un bilan sanguin qui inclut la thyroïde et les lipides à partir de l'âge moyen : ce sont trois gestes simples qui donnent une vraie lisibilité sur ce chien-là.

Le reste tient à la régularité. Une ration pesée, des friandises comptabilisées, un poids suivi, et de quoi occuper la tête tous les jours.

Justine Rivière, assistante vétérinaire spécialisée en nutrition animale

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